Irlande

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Casque Mark II

Casque Mark II irlandais

La naissance de l'équipement moderne de l'armée irlandaise s'inscrit dans le contexte de la création de l'État libre d'Irlande en 1922. Héritière d'une période de troubles marquée par la guerre d'indépendance puis la guerre civile, la jeune nation entreprend de structurer une force militaire régulière capable d'assurer à la fois la stabilité intérieure et la défense du territoire. Dans ce cadre, l'adoption du casque modèle 27 en 1927 constitue une étape symbolique et pratique. Inspiré du "Stahlhelm" allemand de la Première Guerre mondiale, ce casque traduit la recherche d'une protection accrue par rapport aux coiffures textiles tout en affirmant une identité nationale distincte. Sa forme décorrélée des casques britanniques et son insigne métallique frontal matérialisent cet équilibre entre héritage technique européen et appropriation irlandaise.
Durant les années 1930, l'évolution rapide des doctrines militaires et des technologies de protection rend progressivement ce modèle obsolète. La détérioration du climat international, conjuguée à la perspective d'un conflit généralisé en Europe, amène Dublin à reconsidérer ses dotations. Lorsque éclate la Seconde Guerre mondiale, l'Irlande adopte une position de neutralité stricte, période connue sous l'appellation officielle de "The Emergency". Cette neutralité ne signifie toutefois ni désengagement ni immobilisme. Les autorités irlandaises renforcent les effectifs, modernisent l'entraînement et réévaluent les équipements afin de garantir la crédibilité défensive du pays face aux risques d'incursion, de bombardement accidentel ou de déstabilisation régionale.
C'est dans ce contexte qu'intervient, à partir de 1940, l'introduction progressive du casque britannique Mark II. Déjà standardisé au sein des forces britanniques et du Commonwealth depuis la fin des années 1930, bien que sa conception ne soit plus d'actualité. Sa conception privilégie la protection contre les éclats et les chocs descendants, caractéristiques des menaces d'artillerie moderne dans le cadre d'une guerre de tranchées alors que les doctrines militaires sont axées sur la guerre de mouvement.
Sa production industrielle massive en fait un matériel éprouvé, disponible et économiquement accessible pour un État aux capacités industrielles limitées. L'adoption du Mark II illustre ainsi une logique pragmatique : bénéficier d'un nouvel équipement sans engager un programme national coûteux. Après 1945, la situation matérielle britannique favorise davantage encore cette transition. Le Royaume-Uni dispose d'importants excédents issus de la production de guerre. Une partie de ces stocks est transférée ou vendue à l'Irlande. L'intégration de ces casques passe par un processus systématique de remise en condition. Les coques sont fréquemment repeintes dans des teintes compatibles avec les uniformes irlandais, généralement des nuances de kaki ou de gris-beige, rompant avec les finitions d'origine britanniques. Des marquages spécifiques sont appliqués afin d'identifier unités, fonctions ou branches de service. Les éléments d'aménagement intérieur, notamment les coiffes et les jugulaires, sont remplacés lorsque nécessaire par des pièces issues de stocks résiduels ou de fabrications postérieures.
Ce cycle d'approvisionnement et de reconditionnement engendre une diversité notable. Les casques observés dans les collections et sur le terrain présentent souvent un panachage de composants provenant de lots et d'époques différentes. Des coques britanniques peuvent ainsi être associées à des coiffes de remplacement plus tardives ou à des jugulaires de fabrication distincte. Cette hétérogénéité ne reflète pas un défaut de standardisation, mais plutôt la réalité logistique d'une armée de taille modeste exploitant rationnellement des stocks disponibles sur une longue période.
Le casque Mark II demeure en service au sein des forces de défense irlandaises jusque dans les années 1960. Son utilisation couvre une période charnière durant laquelle l'armée irlandaise passe d'une structure héritée des conflits d'indépendance à une force moderne intégrée dans un environnement international en mutation. Progressivement, de nouveaux modèles de casques, conçus selon des standards balistiques plus récents, viennent remplacer le Mark II. Néanmoins, ce dernier conserve une place particulière dans l'histoire militaire irlandaise. Il incarne à la fois la modernisation entreprise durant "The Emergency", la dépendance relative aux circuits d'approvisionnement britanniques et la capacité d'adaptation matérielle d'un État neutre confronté aux exigences de la défense contemporaine.
Ainsi, le casque Mark II irlandais ne constitue pas seulement une variante d'un modèle britannique largement diffusé ; il représente également un témoin matériel de la politique de neutralité armée de l'Irlande, de ses contraintes industrielles et de l'évolution de ses forces de défense au milieu du XXᵉ siècle.

    Plus

Casque Mark II britannique !

Casque modèle 27.
Casque modèle 27.
Casque Mark II irlandais. Casque Mark II irlandais.
Casque Mark II irlandais. Casque Mark II irlandais.
Casque Mark II irlandais.

Configuration d'origine.

Casque Mark II avec coiffe Mark I, fabrication F.F.L 1939.
Casque Mark II avec coiffe Mark I, fabrication F.F.L 1939.
Casque Mark II avec coiffe Mark I, fabrication F.F.L 1939.
 
Casque Mark II avec coiffe Mark II, fabrication H.B.H 1940.
Casque Mark II avec coiffe Mark II, fabrication H.B.H 1940.
Casque Mark II avec coiffe Mark II, fabrication H.B.H 1940.
 

Le casque Helmet, Steel, Mark II, adopté à la veille de la Seconde Guerre mondiale, constitue une évolution directe du Mark I dont il conserve la silhouette générale. Sa mise en production à partir de 1938 répond à un impératif de standardisation et de fabrication de masse. La bombe est réalisée en taille unique en acier au manganèse et reçoit un jonc amagnétique en acier inoxydable.
La coque ne connaît pas de modification structurelle majeure, mais des variantes sont produites pour les services civils et la défense passive, dont les casques N°2, caractérisés par des orifices pratiqués sur les côtés pour les différencier des productions militaires (de un à quatre orifices, de la version A à D). La finition extérieure du casque évolue également au fil du temps : la teinte initiale gris-vert satiné cède progressivement la place à des tons sablés kaki à partir de 1940 puis brun dès 1941, destinés à améliorer le camouflage et la résistance à l'usure en conditions opérationnelles.
L'aménagement intérieur fait l'objet d'une rationalisation rapide. La coiffe initiale, désignée Mark I, comprend un bandeau circulaire et des arceaux en fibres vulcanisées recouverts de toile cirée, avec rembourrage amortisseur. En juin 1939, la coiffe Mark II est introduite afin de simplifier l'assemblage et de réduire le nombre de composants, tout en conservant les qualités d'ajustement et de confort. Le système de maintien évolue parallèlement : la vis sommitale Mark I est remplacée par une vis Mark II plus longue (été 1940), puis par la vis Mark III (1942), reconnaissable à sa tête réduite, mesure dictée par l'économie des métaux stratégiques.
La jugulaire reflète également les contraintes industrielles du conflit. La version Mark I, à ressorts en laiton et segments extensibles, amagnétique, cède la place à la Mark II dès 1938 avec des anneaux renforcés. Des variantes magnétiques (Mark IIA) apparaissent sur les casques destinés aux services civils et sont identifiées par un astérisque tamponné. En 1941, la jugulaire Mark III abandonne les ressorts métalliques au profit d'une sangle élastique en toile, solution plus simple et moins coûteuse. Cette dernière évolue en 1943 vers la Mark IIIA, où l'élément élastique est raccourci et remplacé par une bande de coton non extensible, réduisant la dépendance au caoutchouc.
Dans l'ensemble, les évolutions du Mark II s'inscrivent dans une logique de simplification, d'économie de matériaux, d'optimisation de la production et de diversification des usages, tout en maintenant un niveau satisfaisant de protection et d'ergonomie.

Reconditionnement irlandais.

Vue avant.
Vue avant.
Vue de dessus.
Vue de dessus.
Vue intérieure.
Vue intérieure.
Coiffe Mark I.
Coiffe Mark I.
Coiffe Mark I.
 
Coiffe Mark II.
Coiffe Mark II.
Coiffe Mark II.
 

Le parc irlandais de casques Mark II reflète une longue pratique de reconditionnement, dictée par des impératifs économiques et logistiques. Les coques issues des stocks britanniques étaient fréquemment remises en peinture afin d'harmoniser leur apparence avec les uniformes nationaux, adoptant des teintes kaki ou gris-beige et recevant parfois des marquages frontaux spécifiques.
L'emploi de coques non strictement militaires, provenant notamment de productions civiles ou de la Home Guard, n'était pas rare, ces dernières offrant une base parfaitement compatible après inspection et remise en état.
Ce processus s'accompagnait d'un panachage courant des composants : une bombe pouvait être associée à une coiffe d'origine différente ou à une jugulaire de remplacement. Les coiffes, souvent soumises à une usure avancée, faisaient l'objet de réparations, de ré-assemblages ou de substitutions partielles, tandis que des éléments produits après guerre venaient compléter ou remplacer les pièces d'origine.
Cette hétérogénéité, loin d'être exceptionnelle, constitue aujourd'hui une caractéristique typique des casques Mark II irlandais observés dans les collections.

Fabrication B.M.B 1943.
Fabrication B.M.B 1943.
C.C.L 1944.
C.C.L 1944.
C.C.L 1956.
C.C.L 1956.
REM 1957.
REM 1957.
REM 1958.
REM 1958.
Exemplaire affecté à la 1ère division, commandement Sud.
Exemplaire affecté à la 1ère division, commandement Sud.
Exemplaire affecté à la 1ère division, commandement Sud.
 
Exemplaire de la 2ème division, commandement Est.
Exemplaire de la 2ème division, commandement Est.
Exemplaire de la 2ème division, commandement Est.
 
Exemplaire de la 4ème division, commandement Ouest.
Exemplaire de la 4ème division, commandement Ouest.
Exemplaire de la 4ème division, commandement Ouest.
 
Exemplaire du quartier général de l'armée, commandement Est.
Exemplaire du quartier général de l'armée, commandement Est.
Exemplaire du quartier général de l'armée, commandement Est.
 

Les insignes.

Insigne placé à l'avant, avec insigne de grade.
Insigne placé à l'avant, avec insigne de grade.
1ère division, région Sud.
1ère division, région Sud.
Autre exemple.
Autre exemple.
Autre exemple.
 
2ème division, zone Est.
2ème division, zone Est.
Autre exemple.
Autre exemple.
Camp d'entraînement Curragh.
Camp d'entraînement Curragh.
Quartier général.
Quartier général.
4ème division, région Ouest, décalcomanie.
4ème division, région Ouest, décalcomanie.
Exemplaire peint.
Exemplaire peint.
Insigne général, zone Sud.
Insigne général, zone Sud.
Zone Est.
Zone Est.

Les casques Mark II en service au sein des forces de défense irlandaises se distinguent fréquemment par la présence d'un insigne frontal, élément d'identification à la fois fonctionnel et symbolique. Contrairement à l'insigne métallique fixé sur le modèle 27, le Mark II irlandais reçoit le plus souvent un marquage appliqué par peinture ou, plus rarement, par décalcomanie.
Ces insignes sont instaurés à la suite de la réorganisation des forces de défense en 1946, au terme de la période dite "The Emergency". Cette réforme s'accompagne d'une structuration territoriale des unités de l'armée de terre, réparties en zones de commandement correspondant aux régions Sud, Est et Ouest.
Dans ce cadre apparaissent des emblèmes spécifiques aux principales grandes unités. La 1ère division, affectée à la zone Sud, adopte une flèche sur fond orange. La 2ème division, rattachée à la zone Est, est identifiée par une pointe de lance rouge sur fond jaune. La 4ème division, associée à la zone Ouest, utilise un bras empoignant un glaive sur fond bleu. Seul ce dernier insigne a été observé sous forme de décalcomanie bien qu'il soit couramment observé de manière peinte.
Ces marquages évoluent au fil du temps. Une tentative de rationalisation conduit à l'introduction d'un insigne plus standardisé, consistant en une étoile à cinq branches de couleur jaune apposée sur un blason dont la teinte du fond indique la zone de commandement : rouge pour la région Est, vert pour la zone Sud et bleu pour la zone Ouest. Parallèlement, un insigne général représentant une étoile verte sur fond rouge est également observé pour l'identification des forces de l'armée de terre.
En complément de ces blasons, certains casques présentent des barres verticales aux couleurs nationales vert, blanc et orange, utilisées comme marqueurs de brigade ou d'affectation spécifique.


À l'époque contemporaine, les forces armées irlandaises, réduites en effectifs et réorganisées selon une structure de brigades, conservent une logique de répartition géographique héritée de ces divisions territoriales.

Répartition actuelle des unités de l'armée irlandaise.
Répartition actuelle des unités de l'armée irlandaise.
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